Mon grand-père mort français, était né belge à la Bouverie. Wallon certes, du Hainaut encore mais surtout "borin" du Borinage. Petite sous-région au sud-ouest de Mons, le Borinage c'était le pays de la mine, un pays pauvre, un pays dur dont j'apprends sur Wikipédia qu'il est traversé par deux rivières la Haine et la Trouille. Cela ne s'invente pas.

Mon père m'a beaucoup parlé du sien et j'ai essayé de garder en mémoire quelques bribes de ses souvenirs que je veux livrer dans ces "historiettes". Mon enfance fut bercée par ce nom "Borinage" qui représentait quelque chose de mystérieux. J'entendais des histoires de famille souvent des histoires de haine (justement mais n'est-ce pas le lot de toutes les familles) mais aussi de courage et de générosité. Ce Borinage je l'ai visité avec mes parents et nous y avons rencontré la "famille" de Belgique, une famille que nous avons totalement perdue de vue depuis le milieu des années 60.

Lorsque j'entends dire aujourd'hui que le souhait d'une indépendance flamande résulte d'une réaction à la domination arrogante de la riche Wallonie au tournant des 19ème et 20ème siècles, je reste un peu perplexe. Le Borinage ne m'a jamais semblé à travers les descriptions paternelles être un pays de cocagne.

La "famille" belge à la fin des années 50 et au début des années 60 se regroupait encore en majorité dans ce Borinage, La Bouverie, Frameries et Mons. Plusieurs séjours dont un avec mon frère Alain en Aronde SIMCA, me permirent de rencontrer deux des sœurs de mon grand-père, Léonie et Lucia, un cousin, Georges de la même génération et qui faisait l'élevage de visons ! Puis à la génération suivante, il y avait des cousins, Maurice, Joseph, Jean. A Mons, je rencontrais Robert qui a douze ans avait conduit le camion sur les routes de France durant l'exode de 40, dans lequel s'était entassée une partie de sa famille. A Bruxelles, enfin il y avait un cousin Raoul, un tout petit homme pontifiant mais très gentil dont l'épouse Lucie était d'une stature imposante. Dans mon esprit d'enfant, j'ai toujours assimilé ce couple à celui du célèbre dessinateur Dubout. Ils avaient deux enfants, Lucette et Christian, ce dernier détenant une édition originale de "Tintin au Congo".