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Mon grand-père attachait une importance particulières pour incarner ses rôles, à la gestuelle du comédien. Cet attachement ne devait sans doute pas être partagé par tous ses pairs, femmes et hommes. Parfois, il est d'ailleurs possible de se demander si ce souci perfectionniste constitue vraiment une préoccupation pour certains des artistes lyriques d'aujourd'hui, au vu de leurs  prestations. Le metteur en scène lyrique n'est pas toujours un directeur d'acteurs et pour un Patrice Chéreau combien de Giancarlo Del Monaco. Le chanteur même au physique avantageux devrait pouvoir se déplacer sur une scène avec l'aisance du comédien, reconnaissons, toutefois, que beaucoup de progrès ont été faits dans ce domaine.
Tout cela pour dire que si l'interprétation de mon grand-père du rôle de Canio dans Paillasse était considérée comme "habitée", ce n'était pas le fruit du hasard.
Il suivit, en effet, des cours de mime et de comédie avec l'un des plus célèbres mimes de ce siècle (un peu oublié tout de même après Deburau et avant Marcel Marceau), Georges Wague (ci-dessus tableau le représentant dans Pierrot - Wikipédia).
Mon père m'a précisé qu'Arthur Darmel considérait cette expérience comme inoubliable. Pour rendre tangible cette nécessité de la gestuelle, Arthur Darmel prenait l'exemple de ses incarnations wagnériennes. Il expliquait que sur le plateau de l'Opéra Garnier, l'ampleur du geste du chanteur désignant du doigt un personnage ou un objet devait tenir compte du volume de la scène. Il ajoutait que ce geste ne pouvait être improvisé, l'expérience du mime permettant d'établir le difficile équilibre entre un geste à la limite de l'emphase et le geste "naturel" mais "illisible" depuis le Paradis ou l'Amphithéâtre.